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L'IA dans la lutte contre la criminalité, Big Brother est dans la place. Le danger n'est pas que pour les criminels.

Dernière mise à jour : 29 déc. 2025

L’intelligence artificielle (IA) modifie en profondeur les méthodes d’enquête criminelle. Grâce à sa capacité à traiter des volumes massifs de données, elle devient un outil central dans la résolution, la prévention et même la prédiction des actes criminels. Mais cette révolution technologique soulève aussi des questions majeures en matière de libertés et de vie privée.


De quelles données parle-t-on concrètement ?


1. Des données analysées à grande échelle.


L’IA peut croiser une diversité de données autrefois traitées séparément :

  • données historiques de criminalité (lieux, horaires, modus operandi, profils de victimes et suspects),

  • éléments de scènes de crime (trajectoire des gouttes de sang, type d’arme utilisée),

  • informations biométriques (ADN, empreintes, intonation de la voix, signes de stress ou d’agressivité),

  • communications numériques (e-mails, SMS, réseaux sociaux),

  • déplacements et transactions financières.


Chaque source devient exploitable à des fins d’analyse, de reconstitution ou de modélisation.


2. La criminalistique assistée par des logiciels spécialisés.


Certains outils permettent déjà d’automatiser des tâches complexes.


Hemospat, par exemple, est un logiciel canadien utilisé pour modéliser en 3D les projections de sang. Il permet de déterminer la position exacte des victimes et des agresseurs lors d’une scène de crime. Ce type de solution est aussi utilisé dans les reconstitutions d’accidents ou dans les modélisations judiciaires en 3D. Ces outils ne remplacent pas les experts, mais ils accélèrent considérablement le traitement et l’interprétation des scènes.


3. La surveillance algorithmique : caméras, drones et microphones.


L’IA joue aujourd'hui un rôle crucial dans la surveillance visuelle et audio.


Elle peut identifier un individu par reconnaissance faciale, suivre une plaque d’immatriculation, ou analyser des extraits de conversation captés dans l’espace public ou sur Internet.


Des dispositifs tels que les radars tronçons, conçus à l’origine pour mesurer la vitesse moyenne, sont déjà utilisés dans certaines enquêtes judiciaires en Belgique pour tracer les déplacements d’un véhicule suspect. Ces systèmes permettent aux autorités de reconstituer un itinéraire à la minute près dès lors que les axes sont couverts par des caméras. On trouve déjà dans des rapports de police belge, lorsque l'on recherche quelqu'un, les informations sur ces derniers déplacements repris par des "caméras tronçons". Genre "votre camionette se dirigeait vers liège samedi 12 à 5h35".


4. L’analyse des signaux sonores : coups de feu et comportements suspects.


Aux États-Unis, le système ShotSpotter (renommé SoundThinking) est déployé dans plusieurs villes. Il repose sur un réseau de microphones capables de détecter un coup de feu, localiser la source et alerter la police en temps réel.


En Belgique, ce type de capteur n’est pas encore installé dans l’espace public, mais le potentiel de l’IA à identifier des bruits suspects ou des comportements menaçants est déjà exploité dans d’autres contextes sécuritaires.


5. L’interrogatoire sous assistance algorithmique - détecteur de mensonge par simple caméra.


L’IA commence aussi à s'inviter dans les salles d'interrogatoire. Aux États-Unis, certains projets pilotes testent des outils d’analyse comportementale capables de détecter le stress, les contradictions ou les incohérences dans les déclarations d’un suspect. Des logiciels comme "Silent Talker" ou "AVATAR" analysent les expressions du visage, le mouvement des yeux ou la tonalité de la voix pour repérer d’éventuels signaux de mensonge.


Ces technologies restent expérimentales et ne remplacent pas les enquêteurs. Elles sont utilisées en complément, dans une logique d’aide à l’évaluation pour le, moment.


6. De la répression à la prédiction : l’émergence de la police prédictive.


L’IA permet de dépasser le cadre de l’enquête post-infraction. En croisant les données passées, elle peut prédire les lieux et moments où un crime est statistiquement susceptible de se produire.


Ce concept, appelé "police prédictive", a été expérimenté aux États-Unis avec des logiciels comme PredPol, puis avec SoundThinking. Ces outils ont montré des limites importantes : biais raciaux, sur-représentation des quartiers pauvres, manque de transparence sur les critères utilisés.


7. Un bouleversement juridique et éthique.


Cette évolution technologique pose une question fondamentale : jusqu’où sommes-nous prêts à aller au nom de la sécurité ?


En Europe, on vous explique que le cadre légal impose un consentement pour la collecte de données personnelles. Mais dans les faits, la généralisation des caméras, des drones, des lecteurs automatiques de plaques ou de la collecte d’empreintes se fait sans véritable débat public. La perspective de voir l’IA intervenir pour arrêter un individu sur la base de son profil comportemental ou statistique évoque directement le film Minority Report (Steven Spielberg, 2002). Ce qui relevait hier de la science-fiction devient envisageable.


Pour conclure, il est clair que l’intelligence artificielle ouvre une nouvelle ère pour les sciences criminelles. Elle offre une puissance d’analyse sans précédent, capable de résoudre des enquêtes complexes et de détecter des fraudes ou des menaces en temps réel. Mais elle pousse aussi les limites de la surveillance, du contrôle social, et de l’État de droit.


Une chose est sure, Big Brother est dans la place et il n'y a pas que les criminels qui ont des raisons d'avoir peur.













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